Un hedge fund attaque Radovan Vitek et son “agent double” Jean-François Ott

Le hedge fund new-yorkais Kingstown Capital Management LP a porté plainte le 10 avril 2018 devant le Tribunal du district sud de l’Etat de New York contre le milliardaire tchèque Radovan Vitek pour fraude en bande organisée. Le Français Jean-François Ott, fondateur et ancien président de la société luxembourgeoise d’investissement immobilier ORCO, est le principal coaccusé dans cette affaire.

Kingstown Capital possédait une part importante du capital d’ORCO, acquise en 2012 suite à la crise immobilière qui, gagnant la République tchèque, avait laissé la société au bord de la faillite.

La lune de miel aura cependant été de courte durée. Car le fonds new-yorkais accuse désormais Jean-François Ott d’avoir aidé Radovan Vitek à prendre secrètement le contrôle d’ORCO en lui servant d’homme de paille et en mettant à sa disposition une société-écran.

Cette collaboration aurait ensuite permis au Tchèque d’opérer une prise de pouvoir hostile sur ORCO et de siphonner ses actifs, rachetés à prix réduit. L’opération lui aurait permis de constituer la holding structurant désormais sa fortune, CPI Property Group.

La plainte, déposée au titre de la très sévère loi RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act) cible en particulier Stationway Properties Limited.

Cette société, appartenant à Jean-François Ott, est soupçonnée d’avoir acheté des actions d’ORCO à deux reprises, pour 26,8 millions d’euros en 2013 puis pour 36 millions d’euros en 2014, pour le compte de Radovan Vitek, grâce à des fonds appartenant au milliardaire et provenant de la banque tchèque J&T Banka.

Ott’s purchase of the ORCO shares made little sense […]. If Ott had the desire and access to capital to purchase so many ORCO shares, he could have done so as part of the restructuring at a far lower price“, note Kingstown Capital, qui accuse par ailleurs l’ancien président d’ORCO d’avoir été un “agent double“.

Le fonds lui reproche notamment d’avoir “simulé des désaccords“, parfois violents, avec Vitek lors de réunions, afin de maintenir l’illusion de son indépendance.

Kingstown accuse enfin Jean-François Ott d’avoir exercé des pressions sur deux membres du conseil d’administration, Nicolas Tommasini et Guy Wallier, afin que ceux-ci votent en faveur des demandes de Vitek lors de la vente des actifs d’ORCO.

Pour le fonds d’investissement, les indemnités reçues par Ott lors de son départ du conseil d’administration d’ORCO, en mars 2014, d’un montant de 16 millions d’euros, s’apparenteraient à une récompense pour services rendus.

Le choix d’engager une procédure aux Etats-Unis au titre du RICO n’est pas anodin. Cette loi permet en effet aux plaignants d’exiger des indemnités correspondant au triple des dommages subis.

Reste à savoir si les juges reconnaîtront la compétence de la justice fédérale américaine pour juger cette affaire.

Au Luxembourg, une seconde plainte a également été déposée par Kingstown Capital. En 2017, Ott et Vitek y avaient été condamnés par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) pour la même affaire.

Aux USA, Kingston Capital est défendu par Matthew L. Schwartz de l’étude Boies Schiller Flexner.

Document lié à cet article:
Kingstown Capital Management LP v. Radovan Vitek, Jean-François Ott et al. - Complaint (10.4.19)