Financé par Credit Suisse, l’appartement parisien du clan Moubarak reste séquestré

Les actifs de Magdi Rasekh, beau-père d’Alaa Moubarak, fils ainé de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, resteront bloqués en France. C’est ce que révèlent quatre arrêts rendus le 6 mars 2019 par la Cour de cassation.

L’Egypte avait demandé l’entraide à la France en avril 2011, un mois après la chute du régime Moubarak. Magdi Rasekh faisait alors l’objet de poursuites, au Caire, pour abus de biens sociaux, blanchiment et détournement de fonds publics. Au coeur des soupçons: deux deals conclus au début des années 2000, alors qu’il était président du promoteur immobilier Six of October Development & Investment Company (SODIC).

Il sera finalement condamné, en 2012, à 5 ans de prison. Ainsi qu’à la restitution du produit de l’infraction (évalué à 970 700 000 livres égyptiennes, soit environ 100 millions d’euros) et à une amende du même montant.

La France a accepté de saisir les actifs de Magdi Rasekh et de sa famille en 2014.

Un ensemble immobilier situé au 40 avenue Foch à Paris a notamment été confisqué. Il côtoie l’hôtel particulier, au numéro 42, de Teodorin Obiang, fils du président de la Guinée équatoriale, aujourd’hui saisi par la justice, et celui de Rifaat al-Assad, oncle du président syrien Bachar al-Assad.

Le bien en question, d’une superficie de 350 m², a été acquis en 2009 pour 4,5 millions d’euros grâce à un prêt accordé par Credit Suisse. Pas de hasard: la banque abritait près de 300 millions de dollars appartenant au clan Moubarak avant sa chute.

L’achat a également été rendu possible grâce au financement d’une société incorporée aux Îles vierges britanniques, Dream Advisors, contrôlée par Magdi Rasekh. Les documents internes de la banque précisent que le prêt a été remboursé de manière anticipée après la révolution égyptienne.

Le compte de la SCI MHRF chez Credit Suisse France, dont Magdi Rasekh était le gérant et qui possédait l’immeuble, a également été gelé. Il abritait 180’000 euros.

Sa fille, Heidi Rasekh, mariée à Alaa Moubarak, possédait quant à elle plusieurs comptes au sein de la Banque Audi Saradar, sur les Champs-Elysées.

Leur contenu, d’une valeur de 3,7 millions d’euros, a aussi été confisqué. Ces comptes, ouverts en avril 2011, “soit quelques jours après les troubles ayant pris naissance en République arabe d’Egypte en février 2011“, ont été alimentés par des virements provenant de ses parents.

Ces virements […] n’apparaissent avoir été effectués que dans l’unique but de permettre à M. Rasekh de dissimuler ses fonds propres sur des comptes ouverts au nom de sa fille la moins exposée“, note la Cour, qui ajoute: “ces sommes équivalent en partie au produit des infractions poursuivies en Egypte contre lui“.

Heidi Rasekh avait été placée sur la toute première liste de sanctions européennes après la chute du régime, le 21 mars 2011.

Pour les avocats de la défense, qui s’opposaient aux saisies, Magdi Rasekh aurait été poursuivi puis condamné par la justice égyptienne “en raison de ses opinions politiques“. Leurs pourvois ont tous été rejetés.

La question de la restitution des biens mal acquis fait l’actualité avec une proposition de loi que le Sénat devrait examiner dans les semaines à venir.

En Suisse, 700 millions de francs avaient été bloqués après la chute du régime. Dans un rapport publié fin 2017, l’ONG Public Eye notait qu’en dépit des “énormes attentes de la population égyptienne, la restitution de ces fonds paraît improbable“.

En décembre 2016, les autorités helvétiques ont partiellement fait machine arrière en libérant 180 millions de francs, soit un quart des avoirs égyptiens bloqués, laissant ainsi leurs propriétaires – d’anciens proches du régime Moubarak – en disposer librement. Les enquêtes n’avaient pas permis de prouver l’origine illicite de ces fonds.

Dans ces circonstances, tous les efforts déployés suite au blocage des fonds Moubarak pourraient n’avoir guère été qu’un triste théâtre d’impuissance“, conclut l’ONG.

Documents liés à cet article:
Cour de Cassation, Chambre criminelle, pourvois n°18-82.087, 18-82.088, 18-82.090 et 18-82.091 (6 mars 2019)